La ferme : Le spécialiste du blaireau en France

Répartition

Jadis présent partout en Wallonie, le Blaireau ne se trouve pratiquement plus qu'au sud du sillon Sambre et Meuse. Il en subsistait un clan familial au « Caillou qui bique » (Angre) mais il a été décimé par l'actuel locataire du droit de chasse. Nous connaissons encore quelques terriers entre la forêt de Soignes et Nivelles, en forêt de Meerdael et sur la rive gauche de la Meuse à Eben-Emael- Lanaye (Montagne Saint Pierre). Au sud de la Sambre et de la Meuse, il semble absent de Thudinie, très rare dans le nord du Condroz et disparu d'une bonne partie du centre de l'Ardenne.

Il est en revanche relativement fréquent en Famenne, dans la vallée de la Semois, en Gaume et le long des frontières franco- belge et belgo-luxembourgeoise. À notre avis, cela s'explique aisément : le centre de l'Ardenne où les terriers ont été gazés à outrance a été complètement dépeuplé et l'espèce réapparaît timidement à partir des régions voisines où les gazages ont cessé (Grand-Duché), n'ont jamais eu lieu que sporadiquement (Famenne) ou ne sont pas pratiqués de manière aussi systématique que chez nous (Ardennes et Lorraine françaises).

Le blaireau

Habitat

Les caractéristiques des emplacements de terriers se divisent en quatre groupes :

  • Les caractères constants : on les retrouve partout en Europe
    • Sol meuble, facile à creuser et bien drainé (sable, craie, argile, ...) ou anfractuosité dans les rochers.
    • Couvert végétal de préférence arboré.
    • Proximité d'endroits où la récolte de litière (foin, fougères, ...) pour le nid est possible.
    • Préférence pour les terrains en pente : le choix des couches à creuser est ainsi plus grand et le Blaireau pourra creuser une couche meuble située juste en-dessous d'une couche dure qui servira de toit au terrier. Cette situation offre de plus l'avantage d'un meilleur drainage et de grandes facilités d'évacuation des déblais qui parfois s'avèrent très volumineux (30-40 m3) ;
    • Présence de bons terrains de chasse à proximité. Le Blaireau est un généraliste opportuniste, se nourrissant d'un très grand nombre de catégories de proies (petits mammifères, céréales, fruits, insectes, mollusques, etc.) mais surtout de lombrics qui peuvent former jusqu'à 50 % du régime ! On estime même que le Blaireau est un spécialiste du ver de terre et qu'il modifie son effort de recherche s'ils deviennent plus difficiles à découvrir. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il ne creuse pas pour les trouver mais les prend lorsqu'ils viennent en surface, c'est pourquoi les meilleures zones de chasse sont les prairies rases : les vers y sont plus abondants qu'ailleurs et leur recherche est plus aisée dans l'herbe courte.
  • Les caractères régionaux modulés par les paramètres écologiques et paysagers des différents terroirs :
    • Eloignement relatif par rapport aux habitations. Lorsque la densité du peuplement humain est forte, les terriers sont forcément proches des habitations mais sont alors très bien camouflés par une végétation dense ;
    • Proximité des lisières : c'est surtout évident pour les pessières très pauvres en nourriture ;
    • Orientation de la pente choisie en fonction de l'altitude et des vents dominants : en Haute Ardenne, l'orientation au sud est prépondérante.
  • Les caractères auxquels le Blaireau paraît indifférent, tels que la présence de vergers.
  • Les caractères découlant de l'activité du Blaireau :
    • Abondance des orties et des sureaux à proximité ;
    • Cohabitation avec le Renard ou le Lapin nain. Elle n'est possible que si le terrier est suffisamment vaste.
Le blaireau
Un blaireau
La vie du blaireau

Évolution du statut

Il est assez vraisemblable que jadis, le Blaireau était répandu dans toute la Belgique, du moins dans certaines parties du pays. Les collections de l'Institut royal des Sciences naturelles renferment des Blaireaux provenant de toutes les provinces belges à l'exception des deux Flandres. De nombreux toponymes semblent toutefois témoigner de sa présence ancienne dans cette région. Il fait état de la quasi disparition de l'espèce en région flamande. À partir de 1970, seuls quelques exemplaires ont été signalés en Campine et dans le sud-est du Limbourg, alors que vers 1960, le Blaireau vivait encore au mont Kemmel, dans la région des collines et en plusieurs points de la Campine anversoise. En 1959, on le signale en forêt de Soignes. D'après un document de l'Administration des Eaux et Forêts (1974), le Blaireau ne se trouvait plus entre 1970 et 1974 qu'au sud du sillon Sambre et Meuse. De plus, des observations isolées ont été réalisées dans l'ouest du Brabant wallon, à l'est du Limbourg et en Campine.

Sur l'étendue du cantonnement de Bièvre (6.700 ha), il y avait en 1967 environ 80 Blaireaux répartis dans 26 terriers. En 1972, il ne subsistait plus, suite aux campagnes de gazage des terriers, que trois individus dans ce secteur qui leur était particulièrement favorable. À la même époque, le personnel de l'Administration des Eaux et Forêts effectua un recensement des terriers habités par des Blaireaux sur l'ensemble des cantonnements de Bièvre, Bouillon et Paliseul. Au total, quinze terriers seulement ont été dénombrés sur une superficie couvrant quelque 60.000 ha, et la majorité d'entre eux n'était plus occupée que par un seul animal. On fait état d'une situation assez semblable pour le cantonnement de Beauraing. L'évolution du nombre de primes attribuées annuellement par les autorités pour la destruction des Blaireaux met clairement en évidence l'ampleur de la régression de l'espèce suite aux campagnes de gazage et à l'enzootie rabique (fig. I). On peut en effet estimer que la population de Blaireaux du sud du pays (Gaume, Entre-Sambre-et-Meuse, Ardenne) a diminué de plus de 90 % !

Dans le Brabant, suivant les données que nous avons pu recueillir auprès des forestiers et gardes-chasse, le Blaireau devait être bien représenté au cours des années qui suivirent la seconde guerre mondiale. Dans la forêt de Meerdaal, à cette époque, la densité de Blaireaux pouvait être estimée à un animal pour 100 ha, c’est-à-dire approximativement la même que celle que nous connaissions dans les zones les plus favorables de basse Semois avant les campagnes de gazage (Ryelandt, 1975). Sur la commune d'Opprebais, un bois d’environ 150 ha abrite cinq terriers jadis occupés par des Blaireaux, ce qui témoigne d'une situation exceptionnellement favorable.

Aux Pays-Bas, l'aire de répartition de l'epèce s'est considérablement rétrécie dès avant 1960. À cette époque, on recensait 271 terriers occupés et estimaient la population à 400-600 individus. En 1979, on ne compte plus que 210 terriers et souligne le fait que le Blaireau continue à disparaître de nombreux endroits. Même dans le Zuid Limburg, région qui abrite un grand nombre de Blaireaux, il mentionne une diminution des effectifs de l'ordre de 50 %.

La situation du Blaireau dans le Bénélux s'est donc gravement dégradée au fil des ans et peut être considérée comme alarmante.

Il est assez malaisé de savoir combien de Blaireaux subsistent encore dans notre région. Actuellement, l'espèce est au bord de l'extinction complète dans l'est du Brabant. Il ne subsiste dans l'ouest de cette province qu'un petit nombre d'individus (environ une vingtaine). Afin de nous faire une idée plus ou moins précise, l'un de nous s'est particulièrement consacré au recensement des terriers occupés dans le sud du pays. Les gardes ont été encouragés à nous faire connaître ces terriers par l’octroi d'une indemnité de 25 euros par terrier occupé qu'ils signaleraient. Le recensement a porté sur dix-neuf cantonnements forestiers : ceux où les campagnes de gazage ont été les plus intensives. Vu l’importance de la prime attribuée, les résultats peuvent être considérés comme fort proches de la réalité. En 1980 et 1981, 124 terriers ont ainsi été portés à notre connaissance. En 1982, l'enquête a été étendue à d’autres cantonnements et couvre maintenant la presque totalité de la Wallonie. Le total des terriers connus est actuellement de 196. Toutefois, un certain nombre de terriers occupés en 1980 et 1981 ne l'étaient plus en 1982.

Si l'on considère que la zone couverte par les deux enquêtes couvre pratiquement l'entièreté de l'actuelle aire de répartition du Blaireau en Belgique, nous pouvons affirmer qu'il ne doit guère y avoir plus de 225-250 terriers occupés pour tout le pays.

Le nombre d'individus présents par terrier est difficile à établir car il varie d'une année à l'autre et d'une saison à l'autre, notamment en fonction des naissances. L'estimation là plus faible est de 3,2, la plus forte de 7 (y compris les jeunes sevrés).

Au pire, nous n'aurions donc plus que 700 à 800 Blaireaux en Belgique, c’est-à-dire à peine autant que le nombre qui fut abattu au cours de la seule année 1967.

En mettant les choses au mieux, la Belgique hébergerait encore environ 1.650 Blaireaux mais nous connaissons trop de terriers qui n'abritent qu'un individu solitaire...


Statut légal

Le Blaireau figure à l'appendice 3 de la Convention sur la conservation de la vie sauvage et des habitats naturels en Europe. Il doit donc être protégé bien que son exploitation reste possible si la densité de ses populations le permet.

Il est considéré comme « autre gibier » par la loi de 1882 sur la chasse. Les dates d’ouverture et de fermeture de cette catégorie de gibier sont annuellement déterminées par arrêté ministériel. Jusqu'en 1973, cette chasse restait ouverte toute l’année et des primes pour sa destruction ont été attribuées par l'État de 1967 à 1972. Depuis 1973, la chasse au Blaireau n'a plus jamais été ouverte et l'espèce a même été retirée de la liste des carnivores dont le Ministre de l’Agriculture pouvait décider la destruction dans le cadre des mesures de police sanitaire de la rage. Le gazage des terriers de Blaireau est donc une pratique illégale. Pourtant, il est très difficile d’obtenir de certaines autorités (directeur général des Eaux et Forêts) qu'elles rappellent ce fait aux membres de leur personnel avant que l'inspection vétérinaire ne fasse procéder aux opérations de gazage.


Facteurs de risque

Comme nous venons de le voir, la régression du Blaireau n'est pas un phénomène récent en Wallonie puisque son élimination progressive de basse et moyenne Belgique remonte à plusieurs décennies. Les facteurs qui sont à l'origine de cette disparition ou raréfaction au sud de la Meuse ne sont cependant pas tout fait les mêmes que ceux qui ont abouti à l'éradication de l'espèce au nord, du moins ne s'expriment-ils pas avec la même intensité.

En Basse et Moyenne Belgique, la disparition du Blaireau est la conséquence de la conjonction de quatre facteurs défavorables :

Les destructions volontaires.

Encouragés par l'attribution de primes, les chasseurs, leurs gardes et les piégeurs ne se sont pas privés de détruire ce « nuisible » animal fort casanier, fort attaché à ses petites habitudes, le Blaireau est en fait une proie facile pour un affûteur ou pour un placeur de collets. Sa viande était consommée, son poil servait à fabriquer les fameux blaireaux et sa graisse très fine était utilisée pour soulager les rhumatismes et la silicose des mineurs. De surcroît, de nombreux Blaireaux étaient déterrés et terminaient leurs jours dans des cours de ferme où étaient organisés de sanglants combats qui les opposaient à des chiens. Ces activités séviraient encore dans le Limbourg hollandais malgré la protection officielle dont jouit l'espèce. Un Blaireau ne s'y vendrait pas moins de 400 florins (env. 240 euros !). En Grande-Bretagne, les jeunes sont commercialisés comme animaux de compagnie. A l’instar des hamsters. Un animal de compagnie, c’est beaucoup de gaîté et de vie dans la maison, mais aussi du travail et des tâches à effectuer. En tant qu'adoptant, vous prenez le petit animal sous votre responsabilité. Il dépend entièrement de vous. Même un animal aussi petit qu’un hamster à des besoins, que dire donc d’un blaireau. Vous devez donc l’élever en tenant compte de ses caractéristiques. Mais cela ne suffit pas à le rendre heureux. Ces animaux agiles ont avant tous besoin de mouvement et de stimulation. Ne le laissez pas sans jouets pour se divertir, il a besoin de bouger, de jouer et de ronger. Autant le hamster peut vivre en cage s'il est suffisamment stimulé autant le blaireau n'y a pas sa place.

En Belgique, de nombreux cas de braconnage ou de destruction sont encore à déplorer. Leurs conséquences sont particulièrement graves là où l'espèce est au bord de l'extinction :

  • La Hulpe (1974) : capture d'une femelle dans une trappe et vente de l'animal à un parc à gibiers ;
  • La Flulpe (1975) : tir d'un Blaireau dans le domaine Janssens par un garde-chasse ;
  • Angre ; les seuls terriers de tout le Flainaut occidental ont été obturés par les actuels locataires de la chasse. Des pièges sont régulièrement trouvés aux alentours ;
  • Nollevaux (avril 1981) : collets trouvés devant les gueules du dernier terrier occupé dans le cantonnement forestier de Pali- seul. L'un de ces collets retenait des poils de l’animal et était taché de sang ;
  • Landenne (avril 1982) : 2 collets en acier découverts devant le seul terrier de la région. Une semaine plus tard, le terrier était complètement démoli par un engin mécanique !
  • Dans les zones où le Blaireau est encore relativement bien représenté, ces délits sont également fréquents ;
  • Louveigné (juin 1979): découverte du cadavre d'un Blaireau probablement décédé à la suite de ses blessures (piège) ;
  • Housse (Barchon) (1981): Blaireau pris au collet aperçu à temps par un promeneur et relâché ;
  • Remersdael (avril 1982) : 1 terrier déterré.

Dans bien des cas, ce sont évidemment les Renards qui étaient officiellement visés.

Même quand elle n’est pas contrariée, la restauration des effectifs de cette espèce est très lente. En effet, la production de jeunes n'est jamais très élevée ; en moyenne, de 2 à 4 jeunes par portée et le taux de mortalité juvénile est très élevé : environ 18 % avant le sevrage et de l'ordre de 50 % avant l’âge d'un an. De surcroît, il se peut que par terrier, une seule femelle seulement mette bas chaque année quel que soit le nombre des congénères du même sexe avec qui elle cohabite!

Une pression de chasse ou de braconnage un peu trop forte est donc suffisante, pour entraîner à long terme une diminution drastique des effectifs. On considère d'ailleurs que la raréfaction du Blaireau dans certaines régions de la Tchécoslovaquie a pour origine une mauvaise gestion cynégétique.

Les accidents dus à la circulation routière.

Le Blaireau est une victime très fréquente de la circulation routière ou ferroviaire. En Belgique, si l'on trouve peu de cadavres, c'est sans doute parce qu'il est trop rare. En Angleterre, où il est plus abondant, on n'a pas récolté moins de 442 cadavres en moins de 4 ans. Certaines routes situées en bordure de plateau, séparant les versants boisés où sont situés les terriers des zones de culture et de pâturage (c'est là que les Blaireaux vont se nourrir) peuvent être particulièrement meurtrières. Ainsi, au nord-est de Liège entre Barchon et Richelle (5 km), 2 à 3 Blaireaux seraient tués chaque année. Dans les Fourons, le train s'avère également très meurtrier.

La modification de l'habitat

Dans les régions de culture intensive, le Blaireau ne peut subsister que s'il dispose d'un maximum de tranquillité et d'un couvert végétal adéquat pour dissimuler son terrier. Généralement, il profite de la présence de bosquets et de chemins creux bordés de haies épaisses. L'évolution du paysage rural lui est donc fort défavorable : les haies ont été arrachées, les bosquets abattus, les campagnes banalisées suite au remembrement et à la mécanisation des cultures.

Dans le sud du pays, l'enrésinement principalement dans les fonds de vallée humides a fait disparaître d’excellents terrains de chasse pour lui. Le débroussaillage en forêt, l'élimination des morts bois et des ronciers lui sont également préjudiciables dans la mesure où il préfère ce type de couvert végétal pour dissimuler son terrier et se soustraire aux dérangements. L'extension des zones urbanisées de même que la multiplication des lotissements sur parcelles boisées, des villages de vacances et autres parcs résidentiels se font aussi à son détriment.

Les pesticides.

En 1969, on découvrait plusieurs blaireaux morts dont le foie contenait entre 16,9 et 46,3 ppm de dieldrin. Cet organochloré utilisé pour enrober les semences de céréales a tué les Blaireaux qui venaient de manger des cadavres de Pigeons ramiers empoisonnés après un repas de graines. La consommation de 10 de ces Ramiers aurait suffi à tuer un Blaireau.

En 1972 on a mis en évidence la contamination de tous les Blaireaux examinés (15) par des organochlorés : HCB, DDT, DDE, DDD et dieldrin notamment mais à des concentrations relativement faibles (concentration totale en organochlorés inférieure à 3 ppm). D'après ces auteurs, les blaireaux seraient principalement contaminés par les vers de terre qui résorbent environ 90 % du DDT et du HCB qu'ils ingèrent avec leur nourriture.

En Wallonie, les organes de 2 blaireaux victimes de la circulation automobile ont été analysé et on a trouvé des concentrations en organochlorés ne dépassant pas 0,1 ppm, toutes substances confondues.

Les cas de mortalité directe due à ces produits restent donc assez exceptionnels mais les faibles doses de pesticides ne restent pas sans effets biologiques et contribuent notamment à amoindrir le potentiel reproducteur de l’espèce. En ce sens, l'utilisation des pesticides en agriculture constitue un facteur de risque non négligeable pour des populations déjà affaiblies.

Dans le sud du pays, moins peuplé et moins cultivé, le Blaireau a subi des pressions moins fortes de la part des piégeurs et des chasseurs, son habitat est resté plus intact et l'utilisation des pesticides se fait à une moins grande échelle. Toutefois, depuis quinze ans, ses effectifs ont diminué d'environ 90 % !

Les campagnes de lutte contre la rage

En 1966-1967, la rage faisait son apparition dans l'est du pays et immédiatement, des équipes spécialisées se sont mises au travail, gazant tous les terriers qu'on leur signalait, qu'ils fussent de Blaireaux ou de Renards. Malgré les protestations des naturalistes, certains terriers de Blaireaux furent gazés plusieurs années de suite, et cela même après l'interdiction officielle de la destruction de cet animal. Le gazage systématique des terriers est selon nous le seul responsable de cette situation dramatique dans le sud de la Wallonie.

Certains auteurs allemands prétendent toutefois que seule la rage provoque une diminution des effectifs du Blaireau de l'ordre de 90 % ! Mais lorsque l'on compare leurs conclusions avec les chiffres qu'ils présentent, on découvre que l'impact des gazages est bien pire que celui de la rage.

Le passage de la rage a eu pour effet de réduire la population d'environ 40-50 % et que la pratique du gazage systématique des terriers a entraîné une nouvelle diminution de 80 à 90 % des effectifs restant.

Une partie de leur argumentation repose aussi sur l'hypothèse d'une particulière sensibilité du Blaireau au virus rabique. Or, les statistiques des cas de contamination rabique sont formelles : la rage n'a été diagnostiquée que chez un nombre très restreint de Blaireaux (189 en France, de 1969 à 1977, correspondant à 1,34% des cas; 27 en Belgique de 1966 à 1979 correspondant à 1,38% des cas) et les Blaireaux enragés, quittent souvent les abords de leurs terriers pour entreprendre des incursions en territoire étranger, se rapprochant même en plein jour des lieux habités. Ils ne passent donc pas inaperçus... D’autre part, en Belgique, il est surprenant de voir que de nombreux terriers habités subsistent le long de la frontière belgo-luxembourgeoise alors que la rage sévit encore chez nos voisins mais qu'on n'y gaze plus...

Les conclusions des auteurs allemands cités sont donc plus rassurantes que la réalité des faits. Ces chercheurs n'éprouveraient- ils pas le besoin de justifier la (mauvaise) politique des organismes officiels qui les subsidient ?

En Angleterre, depuis l'apparition de foyers de tuberculose bovine et depuis la mise en évidence du vecteur de cette maladie : le Blaireau, le gazage des terriers a été proposé comme mesure prophylactique radicale. Depuis lors cependant, on a remarqué que le gazage contribuait plutôt à la répandre. N'en serait-il pas de même chez nous avec la rage ?


Mesures de conservation

La situation du Blaireau est alarmante, nous l'avons vu, mais pas désespérée. Son avenir peut être assuré moyennant quelques mesures relativement faciles à prendre mais qui ne devraient pas tarder :

  • Lui accorder une protection légale inconditionnelle. Malgré les petites dégradations dont il se rend parfois responsable dans les pâtures ou dans les cultures de céréales (maïs, avoine) le Blaireau exerce une influence plutôt bénéfique pour l'agriculture en détruisant des rongeurs, des larves d'insectes ravageurs...
  • Arrêter définitivement le gazage des terriers de Renards, comme le recommande d'ailleurs la 15e assemblée générale de l'UlCN ;
  • interdire l'utilisation des appâts empoisonnés, des pièges et surtout des collets qui sont utilisés de manière spécifique pour la capture du Blaireau ;
  • interdire le déterrage de quelque manière qu'il se fasse (avec ou sans l'aide de chiens) ;
  • Création de réserves naturelles englobant plusieurs terriers occupés, particulièrement dans les régions où le Blaireau est en passe de disparaître ;
  • Éviter le plus possible les dérangements aux abords des terriers : trop fréquents ou trop graves, ils peuvent provoquer l’abandon du terrier par les animaux, voire la mort de ces derniers s'ils sont en bas âge. Les sources principales de perturbation sont les chiens errants, les touristes non avertis et les opérations de coupe à blanc et de débardage, celles-ci pouvant provoquer l'effondrement du terrier.
  • Enfin, d'autres mesures doivent être envisagées à plus long terme :
  • Reconversion de l'agriculture vers des techniques de production ne faisant plus appel aux pesticides de synthèse ;
  • Restauration des paysages ruraux : entretien des haies existantes, plantation de nouvelles haies, de rideaux d'arbres ; conservation des chemins creux dont les abords densément colonisés par la végétation sont souvent les uniques refuges dans les régions de grandes cultures ;
  • Arrêt des débroussaillages en lisière de forêt, remise en cause de certains des objectifs de la gestion forestière actuelle, notamment l'enrésinement qui réduit de manière importante le potentiel alimentaire des animaux ;
  • Politique d’éducation et d’information du public au respect de la nature ;
  • Prévoir des passages à Blaireaux sous les grandes infrastructures routières. En Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, des canalisations en béton ont été utilisées de cette manière à la fois pour protéger la faune mais aussi pour limiter les risques d'accidents de la route (principalement ceux qui mettent en cause des motocyclistes).

Si la situation redevenait favorable, on pourrait envisager la transplantation de Blaireaux d'une zone où ils seraient abondants vers des endroits d'où ils ont été récemment éradiqués.